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| Cinq sur cinq
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Laurence Boissier
Cahier des charges
Laurence Boissier sait aussi tisser des odes à la fatalité, telles ses
lignes consacrées à une vieille ferme qui «achève sa descente vers le lac.
Sans fracas.» Où les personnages eux-mêmes paraissent glisser vers un destin
décousu. Qu'elle parle de certains ateliers d'écoles d'art, d'une rage
savamment préparée contre une mère sans doute abusive, d'un passage chez le
dentiste, Boissier s'applique à semer le malaise avec un art
consommé.
L'humour, en littérature, est chose subtile qui demande une certaine
maîtrise dans l'art de la suggestion autant que dans celui de la subversion.
Laurence Boissier y parvient à merveille au fil de textes pince-sans-rire
aussi brefs qu'efficaces, traversés par un humour ravageur et tout en
demi-teinte, qui naît d'un jeu avec les attentes du lecteur ainsi que d'un
décalage entre le ton et le propos (...) Ecriture précise et finesse de la
construction achèvent de ciseler ces récits singuliers.
Pour Laurence Boissier, écrire c'est jouer. La parodie l'amuse. Elle
détourne volontiers des matériaux qui n'ont rien de littéraire: le
procès-verbal, le discours statistique... Mais son humour lui sert aussi à
accroître l'étrangeté du monde. Au-delà du cocasse, il y a chez elle un sens
de l'absurde qui se dépose comme un vernis à la surface des réalités
ordinaires.
Elliptique, c’est l'adjectif qu’on emploie je crois pour qualifier ce
genre de style. Raconter le plus en disant le moins. Mais avec une ironie à
froid et un humour «Arsenic et vieilles dentelles» qui font de ces textes de
Laurence Boissier un bijou qui devrait être beaucoup plus parlé, comme dit
Yves Velan, c’est-à-dire: dont les journalistes culturels devraient parler.
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